Emeric Sala (1906 - 1990)

En 1948, Emeric Sala est élu membre de la première Assemblée spirituelle nationale du Canada. Dans les années 20, il a été un des premiers jeunes à se joindre à la communauté bahá'íe de Montréal et des années plus tard, il continue à servir la communauté bahá'íe par ses talents d'auteur et d'enseignant. Il passe les dernières décennies de sa vie en servant les communautés bahá'íes d'Afrique et du Mexique.

Emeric SalaÀ 1.93 m et chaussant une pointure 14, Emeric Sala domine habituellement ceux qui l'entourent. Mail il est également un géant spirituel. Le petit garçon hongrois qui ne connaissait pas un mot d'anglais devient plus tard renommé pour son livre, ses conférences et ses discours publics enflammés. Il surmonte tous les obstacles, fait éclater les frontières nationales et les limites de la pensée conformiste et se sert de ses talents et de ses énergies pour servir la foi bahá'íe.

Emeric Sala naît le 12 novembre 1906 dans un obscur village hongrois appelé Havas Dombrovica un nom qui peut se traduire à peu près par « village enneigé ». Il est l'aîné de quatre enfants d'un couple juif. Son père est inspecteur de bois d'oeuvre. Ses parents déménagent plus tard à Herrmannstadt dans le Sibenbuergen, aujourd'hui Sibiu en Roumanie, et c'est là qu'il fait ses études.

Après la Première Guerre mondiale, alors qu'il est encore adolescent, Emeric Sala se sent intensément isolé à cause du militarisme qui domine la société, du manque de liberté individuelle et des préjugés sociaux et religieux qui existent dans les Balkans, déchirés par les conflits. Il est attiré par les États Unis mais ce pays ne lui ouvre pas ses portes. Il se rend donc à Hambourg en Allemagne où il trouve du travail en tant qu'aide sur un navire et il part pour la côte Ouest de l'Afrique. Le navire revient à Hambourg puis met le cap sur Montréal. Débarquant au Canada en 1927, à moins de 21 ans, il s'enfuit du navire et se cache. Pour gagner son pain il creuse des fossés puis devient plongeur dans un petit hôtel. Il est bientôt congédié pour avoir cassé trop d'assiettes. En plus du hongrois, M. Sala parle le roumain, un peu d'allemand, le français et l'italien. Cependant, il ne parle pas un mot d'anglais. Mais il devient obsédé par l'idée de l'apprendre. Plutôt que de se contenter de lire des livres en anglais, il désire entendre les gens le parler et il va à toutes les conférences publiques qu'il peut trouver. Une de ces conférences publiques, au cours de laquelle May Maxwell parle de la foi bahá'íe, pique sa curiosité et en 1929, il devient bahá'í. Il est un des membres fondateurs du premier groupe de jeunes bahá'ís canadiens à Montréal. Ils organisent des cours qui bientôt attirent une soixantaine de personnes. Ce sont là les premières cours organisées par la jeunesse bahá'íe en Occident. Dans ce groupe de jeunes bahá'ís il rencontre une charmante jeune femme appelée Rosemarie Gillies et en 1934 ils se marient.

L'anglais qui auparavant l'avait limité devient un atout. Propriétaire d'un petit commerce d'importation, il a l'occasion de voyager dans tout le Canada et il en profite, autant que possible, pour donner des conférences sur la foi bahá'íe dans les villes qu'il visite. En 1937 May Maxwell suggère qu'il ajoute une visite à Haïfa à un voyage d'affaires en Europe, ce qui lui donne une occasion unique de passer une soirée seul avec Shoghi Effendi. À son retour au Canada, il se joint à Siegfried Schopflocher pour acheter ce qui devient la première propriété bahá'íe au Canada, à Beaulac, dans les Laurentides au nord de Montréal, où auront lieu les premières écoles bahá'íes d'été et d'hiver au pays.

En 1945, alors que le monde sort d'une convulsion d'envergure mondiale, à la fin de la guerre, et que bien des gens cherchent à organiser les affaires humaines selon un ordre nouveau, M. Sala publie This Earth One Country. Emeric et Rosemary sont tous les deux élus membres de l'Assemblée spirituelle nationale du Canada en 1948 et ils continueront à être membres de cette institution jusqu'en 1953. Cette année là ls répondent à l'appel du Gardien qui demande aux bahá'ís de se lever pour enseigner la foi et servir l'humanité partout dans le monde. M. Sala confie son commerce à son frère et Rosemarie et lui vendent leur charmante maison sur la rive du Saint-Laurent à Saint-Lambert (Québec), prévoyant s'établir aux îles Comores sur la côte Est de l'Afrique.

Leurs préparatifs sont faits mais les autorités françaises refusent de leur accorder le droit de s'établir en permanence aux îles Comores. Le Gardien leur demande donc plutôt de s'établir au Zoulouland. Une fois établis, ils se lient avec beaucoup d'Africains qui en viennent à appeler Rosemary « notre mère » et, la nuit venue, visitent la maison des Sala, en entrant par l'arrière. Mme Sala organise des bibliothèques dans les écoles et elle fait venir des livres de l'Amérique du Nord. Après être retournés au Canada brièvement à la fin des années 60, le couple Sala quitte de nouveau l'Afrique, cette fois pour aller vivre à Guadalajara, au Mexique. De là ils voyagent dans toute l'Amérique centrale.

Rosemarie Sala meurt au Mexique le 24 janvier 1980. Emeric continue à servir la Foi au Mexique où il se marie une deuxième fois. Donya Knox, sa deuxième épouse, devient bahá'íe et ils voyagent ensemble en Amérique, en Chine, en Inde et en Europe. M. Sala meurt le 5 septembre 1990, quelques semaines après le décès de Mme Knox.

* Ce texte est adapté d'un article paru dans la section In Memoriam de Bahá'í World 1986-1992, vol. 20, p. 993 à 995.