Amatu’l-Bahá Rúhíyyih Khánum (1910 - 2000)

Amatu’l-Bahá Rúhíyyih KhánumAmatu'l-Bahá Rúhíyyih Khánum a vécu une existence extraordinaire, qui fera l'objet d'études pendant de nombreux siècles à venir. Elle a grandi à Montréal et s'est plus tard établie à Haïfa, en Israël. Pendant la deuxième moitié du vingtième siècle, elle est devenue la personne la plus connue de la communauté mondiale bahá'íe. Plusieurs aspects de sa vie ont été vraiment remarquables : ses nombreux et longs voyages dans le monde entier; le rôle de leader religieux qu'elle a joué en faisant ressortir ses capacités uniques; les ouvrages qu'elle a écrits; les films qu'elle a produits; et son travail en faveur des peuples autochtones, de l'environnement et de la justice sociale. À son décès des articles commémoratifs ont été publiés dans les principaux journaux nationaux du Canada.

Madame Rúhíyyih Rabbani est née Mary Sutherland Maxwell, le 8 août 1910, à l'Hôpital Hahnemann, devenu plus tard le Fifth Avenue Hospital, à New York. Elle était la seule enfant de May Maxwell, comptée parmi les disciples les plus éminents de ‘Abdu'l-Bahá, et de William Sutherland Maxwell, un architecte canadien renommé. Leur maison à Montréal avait longtemps été un lieu de culture et d'énergie spirituelle. Madame Rabbani était très fière de ses racines canadiennes et elle visita souvent Montréal au cours des voyages qu'elle a faits dans plus de 185 pays, durant les années où elle a servi la communauté bahá'íe.

Mary Maxwell a vécu une enfance bien remplie, libre et heureuse. Ses seuls chagrins étaient causés par les périodes où elle était séparée de sa mère bien-aimée. À l'époque, les méthodes d'éducation tendaient à être rigides et autoritaires et May Maxwell désirait donner à son enfant la liberté conseillée par 'Abdu'l-Bahá. Afin d'assurer la formation de Mary, durant sa jeune enfance, May a établi chez elle la première école Montessori au Canada.

Mary est devenue une personne cultivée, manifestant un vif intérêt pour divers sujets. Sa soif de connaissances était insatiable. Après deux pèlerinages en Terre sainte, le premier avec sa mère et le deuxième avec des amis de celle-ci, et après avoir rencontré le Gardien, Mary Maxwell s'est engagée dans toute une gamme d'activités de la jeunesse, à la fois dans la communauté bahá'íe et en général.

Elle a voyagé et a continué à développer ses compétences en tant qu'enseignante de la foi bahá'íe. En 1937, elle a épousé le Gardien, Shoghi Effendi Rabbani, l'arrière-petit-fils de Bahá'u'lláh, le prophète fondateur de la foi bahá'íe. C'est à cette occasion que le Gardien lui a donné le nom « Rúhíyyih ». Un des rôles les plus importants joué par Rúhíyyih Rabbani durant ses années de mariage a été celui de secrétaire du Gardien, une fonction qu'elle a assumée presque immédiatement après leur mariage. De 1941, quand elle est devenue la secrétaire principale de Shoghi Effendi pour les communications en anglais, jusqu'à 1957, elle a rédigé des milliers de lettres en son nom.

En 1951, Shoghi Effendi l'a nommée au Conseil international bahá'í, un corps composé de neuf membres responsable de l'élection de la Maison universelle de justice. En 1952 elle a été nommée Main de la Cause et, à ce titre, elle s'est occupée de questions liées à l'expansion et à la protection de la foi bahá'íe et a représenté le Gardien dans diverses parties du monde, lors d'occasions importantes.

Après la mort de Shoghi Effendi en 1957, Madame Rabbani a lancé des efforts de collaboration entre toutes les Mains de la Cause pour achever le Plan de dix ans, lancé par Shoghi Effendi en 1953 afin de réaliser l'expansion mondiale et la consolidation de la communauté. Elle était une des neuf personnes qui ont agi comme protecteurs du Centre mondial bahá'í jusqu'à l'élection de la Maison universelle de justice.

À un degré extraordinaire, le travail de Madame Rabbani a attesté de la priorité accordée par la foi bahá'íe à l'unification de l'humanité. La plus grande partie des 35 dernières années de sa vie a été consacrée à des voyages qui l'ont emmenée dans 185 pays et territoires et qui ont joué un rôle important dans l'intégration des millions de bahá'ís en une communauté mondiale unie. Un des aspects non négligeables de cet effort est qu'elle a réussi à encourager les membres des populations autochtones à participer pleinement à ce projet mondial. Ses voyages dans des pays de tous les continents et dans des îles éloignées lui ont parfois occasionné des séjours prolongés. Pendant quatre ans, dans un périple d'environ 58 000 km, sur toute la largeur et toute la longueur de l'Afrique subsaharienne, au volant d'une Land Rover, elle a visité 34 pays, dont dix-sept où elle a été accueillie par un chez d'État. À une autre occasion, en l'espace de sept mois, elle a visité près de 30 pays de l'Asie et du Pacifique. Son intérêt pour les populations autochtones et pour la vie dans les villages l'a amenée dans des lieux éloignés et elle a consigné ses visites dans beaucoup de ces régions, comme l'Amérique du Sud, où elle a voyagé dans les jungles du Suriname, du Guyana et du Brésil, où elle a remonté l'Amazone.

Au cours de ses voyages, elle a été reçue par un grand nombre de chefs d'État et de chefs de gouvernement ainsi que par d'autres personnages importants aussi variés que l'empereur Hailé Sélassié d'Éthiopie; Malietoa Tanumafili II du Samoa; le président Houphouet-Boigny de la Côte d'Ivoire; le président Carlos Menem d'Argentine; la première ministre Indira Gandhi de l'Inde; le premier ministre Edward Seaga de la Jamaïque; et Javier Pérez de Cuellar, secrétaire-général des Nations Unies.

Une personne aux intérêts et aux capacités extraordinaires et en plus d'être une administratrice et une grande voyageuse, Madame Rabbani était une poétesse, une conférencière, et une productrice de films. Parmi les divers ouvrages qu'elle a publiés, on compte La Perle inestimable, une biographie de Shoghi Effendi et Prescriptions for Living, qui porte sur l'application de principes spirituels à la vie pratique. Parlant couramment l'anglais, le français, l'allemand et le persan, elle a donné de très nombreuses conférences, y compris lors de certaines occasions où elle a partagé la tribune avec SAR le prince Philip, duc d'Édimbourg. À cause de son souci pour l'environnement, elle a appuyé les activités du Fonds mondial pour la nature, prenant la parole devant les personnes présentes au banquet organisé pour collecter des fonds à la Syon House de Londres, en 1988, où a été lancé l'influente initiative Religion and Conservation; elle était aussi présente à la conférence World Forestry Charter Gathering (la réunion de la charte des forêts du monde) au palais St. James en 1994. Son amour des arts l'a amenée à planifier et à diriger la restauration d'un certain nombre de bâtiments historiques associés à la foi bahá'íe.

Madame Rabbani est décédée à quatre-vingt dix ans, le 19 janvier 2000, à Haïfa, en Israël, où se trouve le Centre mondial bahá'í.

* Texte adapté de l'article de Violette Nakhjavani intitulé A Tribute to Amatu'l-Bahá Rúhíyyih Khánum, paru dans Bahá'í World, 1999-2000, p. 167-195 et d'un communiqué de presse de la Communauté bahá'íe du Canada, daté du 19 janvier 2000.