L'Alliance divine
Un ornement des jardins du Centre mondial bahá’í.« Si puissante est la lumière de l'unité », déclare Bahá'u'lláh, « qu'elle peut illuminer toute la terre1. » « En vérité », ajoute-t-il, « nous sommes venu pour unir et souder tout ce qui réside sur terre2. » Bahá'u'lláh a fait de l'unité de l'humanité le principe et le but central de sa Foi, donnant ainsi la priorité à l'unité spirituelle et organique de l'ensemble des nations et signalant la « maturité de la race humaine toute entière3. »
L'évolution de l'humanité a été marquée par des étapes d'organisation sociale progressive, de la famille à la nation, en passant par la tribu, la cité-État et la nation. Le dessein explicite de Bahá'u'lláh est d'inaugurer la prochaine et dernière étape, soit celle de l'unité mondiale, ou la grande Paix présagée par les religions du monde. La parole de Dieu telle que révélée par Bahá'u'lláh apparaît ainsi comme la source et la force motrice de l'unité de l'humanité, et l'Alliance qu'il a conclue en est le principe fondateur.
Une alliance est une entente solennelle entre deux partis. Comme il a été noté plus haut, le rôle de Bahá'u'lláh dans son Alliance est de nous transmettre les enseignements qui transformeront à la fois les conditions internes et externes de la vie sur terre, de désigner un interprète qui fait autorité afin d'éviter que nous comprenions mal la volonté de Dieu, et de nous donner les directives qui nous permettront d'établir les institutions qui travailleront à l'établissement de l'unité. L'Alliance de Bahá'u'lláh affecte tous les niveaux de l'existence humaine, que ce soit sur le plan de notre organisation sociale ou de notre vie individuelle.
Chacun de nous a la responsabilité d'observer les lois que Dieu nous a données afin de sauvegarder notre dignité et de nous aider à devenir les êtres nobles qu'il a voulu que nous soyons - en priant, en méditant, en lisant les Écrits saints, en jeûnant, en vivant une vie chaste et en étant dignes de confiance. Notre responsabilité est de nous aimer les uns les autres, si imparfaits que nous puissions être. Nous avons aussi l'obligation d'aimer les institutions que Bahá'u'lláh a créées et de leur obéir. Autrement, nous nous fermerons aux bénéfices qui découlent de l'Alliance que Bahá'u'lláh a établie avec nous.
Cette Alliance garantit tant l'unité de compréhension des doctrines fondamentales de sa Foi que l'actualisation de cette unité, par le développement social et spirituel de la communauté bahá'íe. Elle a ceci de particulier qu'elle donne une interprétation authentique des textes sacrés et présente un système administratif autorisé, au sommet duquel siège un organe législatif élu, doté du pouvoir de créer des lois supplémentaires à celles révélées par Bahá'u'lláh.
Cette Alliance est l'aspect le plus remarquable de sa Révélation. À la différence de tous les systèmes religieux du passé, elle a été conçue pour préserver l'unité de toute l'humanité, par un ordre social qui repose sur des principes spirituels et fonctionne de façon organique. Selon 'Abdu'l-Bahá, le fils de Bahá'u'lláh, cette Alliance est « si ferme et si puissante que depuis l'aube des temps jusqu'à ce jour, aucune dispensation religieuse n'a rien produit de semblable4. »
La foi bahá'íe est donc la première religion de l'histoire à passer le cap critique de son premier siècle, en ayant préservé fermement son unité. Par son Alliance, Bahá'u'lláh résout les questions de succession et de direction, au sein de la foi bahá'íe, mais son Alliance englobe beaucoup plus. Comme il le dit: « Le dessein de cet Opprimé en supportant les malheurs et les tribulations, en révélant les versets sacrés et en fournissant des preuves, n'a été que d'éteindre la flamme de la haine et de l'inimitié afin que l'horizon du cœur des hommes soit illuminé par la lumière de la concorde et atteigne une paix et une quiétude réelles5. »
« Le conflit et la lutte sont catégoriquement interdits dans ce Livre », affirme Bahá'u'lláh, soulignant par là-même l'importance de l'harmonie dans les relations humaines. À nouveau, il adresse ces paroles à ses fidèles : « Ô serviteurs ! Ne laissez pas les voies de la justice être cause de confusion, ni l'instrument de l'union être une occasion de discorde6. »
Le Centre de l'Alliance
‘Abdu’l-Bahá, le Centre de l’Alliance.C'est pour remplir ces objectifs et mettre ces injonctions en pratique que Bahá'u'lláh a nommé son fils, 'Abdu'l-Bahá, pour lui succéder: « Quand l'océan de ma présence aura reflué et le Livre de ma révélation sera achevé », écrit-il dans le Kitáb-i-Aqdas, son livre de lois, « tournez votre visage vers celui qui est le dessein de Dieu, celui qui est issu de cette Antique Racine7. » Dans son testament, appelé le Livre de l'Alliance, Bahá'u'lláh explique aussi que « L'objet de ce verset sacré n'est autre que la plus Grande Branche ['Abdu'l-Bahá] 8. »
Cette nomination confère à 'Abdu'l-Bahá l'autorité de l'unique interprète des écrits de Bahá'u'lláh et de l'exécuteur de son dessein, pour mettre en place l'ordre administratif bahá'í. Dans sa vie personnelle, il saura en outre incarner parfaitement par ses actes et ses paroles, les qualités et l'idéal de vie bahá'íe. L'association de ces attributions chez une même personne a donné lieu à une fonction unique dans l'histoire religieuse, celle de Centre de l'Alliance, et a fait de 'Abdu'l-Bahá un personnage qui n'a pas d'équivalent dans toute l'histoire.
La forme explicite et écrite que Bahá'u'lláh donne à la nomination de son fils et les explications qu'il fournit sur son rang visent à dissiper tout malentendu parmi les fidèles quant à la direction de la communauté après sa mort. Le fait que la manifestation de Dieu elle-même ait prévu ce type de dispositions, est un aspect unique de la Révélation bahá'íe.
L'ordre administratif
L'idée de l'existence d'un plan divin destiné à orienter l'administration et le développement de la foi bahá'íe est aussi importante à la définition de la croyance bahá'íe que les doctrines sociales et spirituelles promulguées par Bahá'u'lláh. L'ordre administratif bahá'í est une expression tangible du pacte conclu par Bahá'u'lláh avec ses disciples. 'Abdu'l-Bahá a pris un soin particulier à le délimiter et à préciser dans son testament quelles étaient notamment, les responsabilités, les fonctions, les compétences et l'autorité des institutions jumelles appelées à lui succéder et à préserver l'unité de la foi bahá'íe. Ces institutions, qui couronnent l'ordre administratif bahá'í sont le Gardiennat et la Maison Universelle de Justice.
Bâtiments administratifs au Centre mondial bahá’í.Tout comme il avait été lui-même nommé Centre de l'Alliance par Bahá'u'lláh, 'Abdu'l-Bahá a désigné son petit-fils, Shoghi Effendi, Gardien de la foi bahá'íe. « Car après 'Abdu'l-Bahá, c'est lui le Gardien de la Cause de Dieu... et les bien-aimés du Seigneur doivent lui obéir et se tourner vers lui », affirme explicitement 'Abdu'l-Bahá dans son testament9. Le Gardien se voit ainsi confié le rôle d'interprète officiel et chargé de l'expansion de la communauté mondiale bahá'íe suivant les principes précédemment révélés par Bahá'u'lláh et élaborés par 'Abdu'l-Bahá.
Un des principaux objectifs de Shoghi Effendi a été de développer la communauté pour la préparer soutenir la création de la Maison universelle de justice, ce conseil international élu, ordonné par Bahá'u'lláh, et dont 'Abdu'l-Bahá a montré, dans les dispositions de son testament, la complémentarité des buts et objectifs avec ceux du Gardiennat.
Tout au long des trente-six années de Gardiennat, la communauté bahá'íe est restée unie, s'est rapidement développée et s'est répandue sur de vastes régions de la planète, édifiant progressivement les institutions locales, nationales et internationale de l'ordre administratif bahá'í. Enfin, cinq ans et demi après le décès du Gardien, en 1957, elle réunissait les conditions nécessaires à l'élection de la Maison universelle de justice.
En 1963, la première élection de la Maison universelle de justice par les membres de 56 assemblées spirituelles nationales marque non seulement une nouvelle étape pour l'ordre administratif, mais donne aussi naissance pour la première fois dans l'histoire, à un conseil d'administration international, démocratiquement élu, sans campagne électorale ni nominations, à la manière de toutes les élections bahá'íes. Depuis, les assemblées spirituelles nationales ont vu leur nombre plus que tripler.
Concernant les devoirs des membres de la Maison universelle de justice, 'Abdu'l-Bahá écrit qu'il « incombe à ces membres de se réunir dans un endroit déterminé et de délibérer sur tous les problèmes qui ont causé des différends, sur les questions obscures et les sujets qui ne sont pas expressément mentionnés dans le Livre. Tout ce qu'ils décident a le même effet que le Texte lui-même. Et comme cette Maison de Justice a le pouvoir d'édicter des lois qui ne sont pas expressément mentionnées dans le Livre et qui ont trait aux transactions journalières, elle a aussi le pouvoir d'abroger ces mêmes lois10. »
Ainsi, par les dispositions précises formulées par Bahá'u'lláh et développées par 'Abdu'l-Bahá, l'Alliance est restée inviolée et le demeure. Le canal de la direction divine, qui insuffle souplesse et flexibilité à toutes les affaires de l'humanité, est restée ouvert pendant tout le ministère de 'Abdu'l-Bahá, pendant celui de Shoghi Effendi, et pendant toutes les années qui ont suivi l'élection de la Maison Universelle de Justice, fondée par Bahá'u'lláh, dotée par lui d'une autorité suprême et d'une direction infaillible, et à propos de laquelle 'Abdu'l-Bahá écrit: « Toutes choses doivent être déférées à cet organisme11. »
Shoghi Effendi exprime ainsi sa conception de l'Alliance dans une lettre écrite de sa part par son secrétaire :
Concernant la signification de l'Alliance bahá'íe, le Gardien estime qu'il existe deux formes d'Alliance, toutes deux étant explicitement mentionnées dans la littérature de la Cause. Il y a d'abord l'Alliance conclue par chaque prophète avec l'humanité, ou plus précisément, avec son peuple, selon laquelle celui-ci s'engage à accepter et à suivre la Manifestation à venir, qui sera la réapparition de sa réalité12. Il y a ensuite une forme d'Alliance du type de celle conclue par Bahá'u'lláh avec son peuple, et selon laquelle celui-ci s'engage à accepter le Maître ['Abdu'l-Bahá]. Cette dernière sorte d'Alliance est simplement destinée à établir et à renforcer la succession de la série d'êtres éclairés qui apparaissent à la suite de toute Manifestation. Dans la même catégorie s'inscrit l'Alliance que le Maître a conclue avec les bahá'ís et selon laquelle ces derniers s'engagent à accepter son administration après lui13.
Au fur et à mesure que l'humanité approche de sa maturité, les peuples du monde prennent conscience de leur unicité et s'éveillent à la vision de la terre comme une patrie commune. L'autorité spirituelle de l'Alliance de Bahá'u'lláh est le cadre qui nous permettra d'effacer nos divergences passées, de race, de classe, ou de croyance, et d'établir un nouveau type de relation entre nous et notre Créateur. L'autonomie morale conférée par ce don divin nous conduira, pour la première fois dans l'histoire humaine, à édifier une société mondiale unie.
- Bahá'u'lláh, Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, Bruxelles, Maison d'Éditions Bahá'íes, 1990, p. 190.
- Bahá'u'lláh, Épître au Fils du Loup, Bruxelles, Maison d'Éditions Bahá'íes, 1988 p. 27
- Shoghi Effendi, The Promised Day Is Come, Wilmette, Bahá'í Publishing Trust, 1980, p. 117, traduction libre.
- Shoghi Effendi, L'Ordre mondial de Bahá'u'lláh, Bruxelles, Maison d'Éditions Bahá'íes, 1993, p. 128.
- Bahá'u'lláh, Les Tablettes de Bahá'u'lláh, Bruxelles, Maison d'Éditions Bahá'íes, 1994, p. 229.
- 6 Ibid., p. 232.
- Bahá'u'lláh, Le Kitáb-i-Aqdas, Bruxelles, Maison d'Éditions Bahá'íes, 1999, p. 64.
- Bahá'u'lláh, Les Tablettes de Bahá'u'lláh, Bruxelles, Maison d'Éditions Bahá'íes, 1994, p. 232.
- 'Abdu'l-Bahá, Le Testament d'Abdu'l-Bahá, Bruxelles, Maison d'Éditions Bahá'íes, 1970, p. 55.
- Ibid., p. 42.
- Ibid., p. 29.
- Bahá'u'lláh affirme qu'une autre manifestation ne viendra pas avant 1 000 après lui.
- Extrait d'une lettre du Gardien à un individu, le 21 octobre 1932.
* Cet article est une adaptation de textes paraissant sur le site Web Sujets bahá'ís, une ressource de la Communauté bahá'íe internationale.