Jean-Baptiste Louis Bourgeois (1856 - 1930)
Louis Bourgeois est le concepteur de la première maison d'adoration bahá'íe d'Occident, située au bord du lac Michigan, juste au nord de Chicago. Cette oeuvre architecturale est maintenant un site historique protégé aux États Unis, un bâtiment d'une grande beauté, comportant des détails fascinants.
Louis Bourgeois naît à Saint-Célestin de Nicolet, au Québec, le 19 mars 1856. Ses deux parents, François Bourgeois et Louise Richard descendent tous deux de familles acadiennes. Il fait preuve de talent pour le dessein depuis l'âge de huit ans. Attiré par l'architecture, il travaille dans le bureau d'un constructeur d'églises de Trois-Rivières. C'est l'expérience acquise dans ce bureau qui lui permet de concevoir les plans de l'église de Saint-Wenceslas, en 1892.
Louis Bourgeois connaît bien des difficultés dans sa vie. Sa jeune épouse Marie Gronville, mère de leurs trois enfants meurt jeune, ce qui engendre chez lui une dépression et fait souffrir son travail. Endetté, en raison des dépenses médicales de son épouse, il décide de déménager à Montréal et de devenir apprenti auprès de son cousin Louis-Philippe Hébert, un sculpteur dans l'atelier de Napoléon Bourassa, et de travailler également sur les plans d'une église à Longueuil. M. Bourassa fait en sorte que ses deux apprentis puissent se rendre à Paris pour étudier. M. Hébert retourne à Montréal où il crée des monuments pour des personnages importants comme Maisonneuve, Crémazie, Jeanne Mance et Mgr Bourget. Quand il retourne à Paris pour rejoindre son cousin, celui-ci a disparu. En même temps la famille de ce dernier a commencé à recevoir de lui des messages laconiques en provenance de l'Italie, de la Grèce, de l'Égypte et de la Perse.
En 1886, Louis Bourgeois refait surface à Chicago. Son talent lui fait rencontrer Louis Sullivan, un géant de l'architecture du vingtième siècle et il commence à travailler pour lui. Plus tard il va vivre en Californie ou il se lie avec Paul de Longpré, un peintre français réputé. Il enseigne le français aux filles de M. de Longpré qui jusque là avaient été éduquées en anglais. Il tombe en amour avec une d'elles, Alice de Longpré, et l'épouse.
Au cours de l'hiver 1906-1907, à New York, Louis Bourgeois devient bahá'í. Il trouve deux des enseignements de Bahá'u'lláh particulièrement fascinants : l'unité essentielle de toutes les religions du monde et l'unité organique entre l'impulsion religieuse et la création artistique. De New York il déménage à West Englewood (aujourd'hui Teaneck), dans le New Jersey, afin d'aider à l'expansion de la communauté bahá'íe de cette localité. À peu près deux ans après être devenu bahá'í, il décide d'envoyer à 'Abdu'l-Bahá un concept pour un bâtiment à huit faces pour le palais de la paix et la bibliothèque de la Cour permanente d'arbitrage à la Haye, par les bons soins de Roy Wilhelm, un bahá'í américain. M. Wilhelm se souvient que 'Abdu'l-Bahá le regarde brièvement et dit « Le temple bahá'í aura neuf côtés. »
Quand, en avril 1909, les architectes du Canada et des États Unis sont invités à présenter leurs concepts pour le temple bahá'í avant le mois d'août, M. Bourgeois envoie un concept mais il n'en est pas entièrement satisfait. En octobre 1909 six concepts ont été présentés mais il apprend qu'il a encore le temps de retravailler son idée, étant donné que 'Abdu'l-Bahá a demandé aux bahá'ís de ne pas faire un choix avant d'avoir levé une portion substantielle des fonds dont ils auront besoin pour bâtir le temple. En avril 1920, quinze concepts ont été présentés au Congrès bahá'í. Après bien des discussions, c'est celui de Louis Bourgeois que les délégués rassemblés au Congrès retiennent.
Le 11 janvier 1921, M. Bourgeois, son épouse Alice ainsi que L.B. Pemberton, un ami, s'embarquent pour aller visiter 'Abdu'l-Bahá et lui présenter son concept pour le temple. Jusque là, M. Bourgeois a rencontré bien des difficultés et bien des épreuves et bien d'autres allaient suivre en ce qui a trait à la construction et au financement de cette structure unique. Malgré que sa santé lui fait défaut pendant certaines périodes, il refuse d'arrêter de travailler sur le temple. Sa foi, sa détermination inébranlable et sa vision lui permettent de persévérer.
À la fin juillet 1930, l'Assemblée spirituelle nationale des bahá'ís des États Unis et du Canada envoie un télégramme à plusieurs communautés bahá'íes, les informant du fait que Louis Bourgeois est très malade et suggérant la tenue de réunions spéciales de prière afin qu'il se rétablisse. Il se remet pendant un certain temps, mais le 20 août 1930, à 74 ans, Louis Bourgeois meurt.
Son remarquable temple de lumière, la maison d'adoration bahá'íe est inaugurée en 1953.
* Ce texte est adapté du livre de Bruce W. Whitmore, intitulé The Dawning Place, Wilmette, Bahá'í Publishing Trust, 1984, p. 76 à 86.